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Les neiges de l’Aramo

In civilisation, en pratique on 02/12/2009 at 12:22

aujourd’hui fut un jour d’automne froid, entrecoupé de giboulés. Les éclaircies faisaient place aux averses; le froid et le vent nous accompagnaient.

Mais surtout, l’Aramo se cachait à notre vue, croûlant sous les nuages… quand la lumière nous laissait apercevoir sa masse, on devinait les neiges, toutes neuves, tout en haut, au sommet.
Quel temps! Alors, pour me réchauffer, sans vraiment y penser,  j’ai sorti cocottes et marmites; je les ai dépoussiérées et les plats en sauce que je mangeais, petite, chez ma grand-mère me sont revenus à l’esprit…

Je crois que ce sont plus  les odeurs -qui ravivent si bien les souvenirs-  qui m’ont fait envie. Elles m’ont rappelé les plats qui mijotaient longtemps, longuement, doucement dans la marmite posée sur la cuisinière à bois de ma grand-mère. Viandes macérée dans le vin blanc (alors, c’est une blanquette de veau, aux champigons de Paris) ou dans le vin rouge (le boeuf bourguigon ce qu l’on appelle chez nous une « daube », dans le pineau des Charentes  (veau braisé aux carottes), civet de lièvre -chassé par mon père: on trouvait toujours un plomb de chasse perdu!-… Je me souviens surtout des odeurs dans la maison car ces plats embaumaient toute la demeure et de l’interdiction formelle de s’approcher de la cuisinière qui brûlait. Parfois, on me permettait de jeter un morceau de bois à l’intérieur, c’était fascinant:  flammes, chaleur.

Mais tout cela est révolu: qui utilise de nos jours une cuisinière à bois? je pense que peu de gens, du moins chez nous. A l’ère des plaques électriques, des micro-ondes, qui continue à faire mijoter, des heures durant, des plats destinés à être engloutis en un repas? Non,  définitivement, ce n’est pas très productif, ni rapide… Pourtant, je vous assure que la cuisinière (ou le fourneau à bois), qui chauffait la pièce, cuisait les repas, et réchauffait les bouillottes -briques refractaires que l’0n enveloppait d’un linge pour les glisser dans les draps des lits, froids d’humidité dans ces pièces où le chauffage central n’existait pas encore- était un élément central des maisons d’autrefois. Je m’en souviens avec plaisir. C’est pour cela, pour cette vie d’avant, où la mesure et la conception du temps étaient différentes, qu’aujourd’hui je ferai une blanquette de veau et demain, une daube … Pour les neiges d’antan, pour les neiges de l’Aramo.

Le fond musical sera, sans aucun doute, « Les Neiges d’antan », du grand Georges.

Au fait, ce n’est pas sorcier ! (ce que me dit ma mère): Le secret est tout simplement de laisser faire le temps: macérer des morceaux de viandes de boeuf/veau dans du vin blanc ou rouge au moins un jour et une nuit, si ce n’est plus. Il faut dire que rien de vaut le tour-de -main, ou l’habitude de cuisiner, les petits trucs… car les plats ne ressemblent pas souvent à ceux de mes souvenirs.

Ensuite, on fait cuire lentement avec l’aide secrète du bouquet garni -feuilles de laurier, thym, romarin, oignon- et des légumes qui sont, en fonction du  plat: carottes, pommes de terres, champignons, navets,  poireaux…

Je ne sais pas vous, mais pour moi, ces odeurs représentent celles de la famille, de l’enfance, d’un temps ou l’on prend le temps de faire les choses, tout simplement.

Et si on n’enseigne pas cela à nos enfants, si je ne leur passe pas le relais, s’ ils n’ont aucune idée qu’autrefois – il n’y a que trente cinq ans – les choses se faisaient autrement…. comment pourraient-ils appréhender les progrès « en carne propia- dans leur chair », la chance dont ils bénéficient et ce  qu’ils ne peuvent que deviner, de façon bien artificielle?

La cuisinière, le repas familial, les longues heures de préparation, les femmes à la maison occupées par leurs tâches ménagères, la saveur des plats… tout cela m’est rappelé par la cuisinière à bois blanche de mes grands-parents et les neiges blanches de l’Aramo.

Une pensée.

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